Quand soudain Bernard Tapie apparaît sur nos écrans le 29 novembre sur France 2 pour parler de sa lutte contre le cancer et rendre hommage aux médecins, il nous parle également du constat qu’il a pu faire en tant que patient : l’hôpital public va mal. Bernard Tapie en profite pour évoquer l’exercice difficile des médecins et leur engagement quotidien auprès des malades mais également des conditions de travail avec des équipes en sous effectif. Marronnier des personnalités publiques hospitalisées. Et à ce moment précis, comme si son avenir sur cette planète dépendait également de la survie de l’homme politique qu’il a pu être, Bernard Tapie ne peut s’empêcher de proposer fièrement une solution miracle aux maux de l’hôpital.

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Dans des couloirs sombres envahis par le silence (relatif) de la nuit hospitalière, le patient Bernard Tapie se sent seul. Il constate alors que seulement deux soignants s’occupent de cinq étages. Dure réalité en effet que celle de l’attente trop longue de la personne hospitalisée qui active désespérément sa sonnette et qui ne voit personne venir avant de trop longues minutes. Tout peut arriver durant ce laps de temps à commencer par un sentiment d’abandon lié à l’absence de personnel soignant équipé de son écoute active sur l’étage. Alors, comment pallier ce manque de personnel? Bernard Tapie y a réfléchi et nous délivre sa solution lors de cette interview sur France 2. Utiliser les ressources de chômeurs, non qualifiés, “payés à être chômeurs”, autrement dit à ne rien faire, pour apporter une présence rassurante lors des gardes de nuit. Bernard Tapie leur trouve même un nom : “les sous aides-soignants”.

Comment exprimer ici notre agacement à l’emploi de ces termes péjoratifs par l’interviewé et son peu de considération pour la fonction soignante, sans parler de sa vision socio-économique étroite, sans devenir (trop) désagréables.

Si l’on visualise ce système en se plaçant du point de vue du patient, ce que nous sommes tous amenés à être un jour, il serait dorénavant possible de faire appel à tout moment de la nuit à une personne qui vient dialoguer, demander votre âge et ce que vous faites ici, comme l’explique Bernard Tapie. Peu importe alors si cette personne a une formation de peintre en bâtiment, d’informaticienne, de chauffeur routier ou je ne sais quoi encore. On fait appel ici à l’humanité et l’empathie de chacun et chacune, car on vous le rappelle, ces personnes sont payées jusqu’ici à ne rien faire.

En se plaçant maintenant du point de vue des professionnels, a-t-on réellement envie de travailler, de nuit, avec un collègue non qualifié, même de très bonne volonté, qui ne peut aider qu’à de toutes petites tâches ou procurer la première écoute? On peut imaginer qu’une personne venant d’un univers professionnel totalement différent puisse être une charge supplémentaire pour des soignants déjà débordés.  Et quel statut pourraient avoir ces chômeurs hospitaliers? Une sorte de veilleurs de nuits peut être. Comment dessiner les limites de la fonction d’un “sous aide-soignant”? Des questions qui visiblement ne se soumettent pas spécialement au débat public au regard de cette annonce : cela devrait être effectif “d’ici à deux mois”.

Savez-vous, M. Tapie, les métiers d’Infirmier, de (sous) Aide Soignant ou d’Auxiliaire de vie existent déjà. Mais visiblement il ne vous est jamais venu à l’idée de proposer d’embaucher ces personnels qualifiés en plus grand nombre. La relation soignante est tout un art qui demande, au delà des capacités personnelles, des connaissances et de l’expérience acquise lors de la formation initiale puis au cours d’une vie professionnelle très encadrée juridiquement. Tenir une main, tout le monde peut le faire. “Torcher un cul”, tout le monde peut le faire. Donner un verre d’eau, tout le monde peut le faire. Le penser comme un soin avec tout ce que cela implique de rigueur et de savoir faire ou l’utiliser comme un outil thérapeutique, c’est un métier!

Vous auriez pu proposer l’ouverture de postes d’ AMP dont le diplôme a disparu mais dont il existe encore bien des représentants ou même envisager une nouvelle filière de formation pour des “écoutants professionnels”, ce qui pourrait être un formidable outil d’insertion tout en apportant une qualification nouvelle à une population au chômage ainsi qu’une porte d’entrée au monde du médico-social. Mais non.

M. Tapie, vous vous sentiez seul dans votre chambre d’hôpital et aviez besoin d’une écoute, cela s’entend parfaitement. Mais ne profitez pas de vos nuits blanches pour élaborer des stratégies d’entreprise aux relents capitalistes pour un hôpital public qui a besoin de tout. Sauf de ça.

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