Barbe longue et regard vide.

Dans un service de psychiatrie, les parcours de vie brisés ou hors normes sont monnaie courante. C’est autant une part intéressante de cette spécialité que sa difficulté. En tant que soignants, nous avons beau avoir toutes les connaissances et les outils pour nous protéger, certains profils nous marquent plus que d’autres.

Ancien casque bleu, cet ancien soldat de la paix a inspiré ce récit sonore à notre auteur.



C’est le cas pour ce patient, touchant, émouvant. Un grand gaillard à la barbe longue et aux cheveux bouclés. Cet ancien casque bleu a passé sa vie à défendre les autres, à protéger des checkpoints au péril de sa vie. Il a ainsi vu les pires atrocités, ses frères d’armes réduits à néant lors d’attaques kamikazes, les enfants des villages alentours calcinés par les bombardements. Comment survivre à ça? Pris au piège dans un syndrome post traumatique ultra ritualisé, ce patient passe ses journées à compter les carreaux bleus sur le sol de l’unité de soin. Mais au passage, se détache de sa mission pour aider quiconque a besoin d’aide, spontanément, sans dire un mot, avec un petit sourire figé sur son visage empli de gentillesse. Un soignant porte quelque chose, il est là, un patient en fauteuil, il est là, une bagarre, il maîtrise avec une force de colosse alliée à une douceur émouvante. Ses gestes sont fins, il observe sans cesse, répare ce qui lui semble défectueux. Il déambule du matin au soir dans les longs couloirs de la vieille unité, marquée elle aussi par des décennies de souffrance et de délires. L’ancien casque bleu passe ses journées à déambuler dans les couloirs de la folie des Hommes.

Mais la nuit, il pleure, ses nuits sont blanches et les images d’horreurs lui reviennent, comme un film de guerre dont les scènes les plus violentes vous marquent pour une vie. Impossible de l’arrêter. Le bouton pause n’existe pas.

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