Nous vous proposons ici une compilation non exhaustive de chansons qui parlent de notre santé, de handicap, de maladie. Si l’idée de se farcir une série de textes parlant de sujets anxiogènes n’est pas la plus réjouissante c’est pourtant une façon récréative ou ludique d’aborder ces thématiques, d’en saisir les problématiques, parfois avec humour, de façon décalée ou avec émotion.
Ces sujets universels nous feront entreprendre un voyage musical qui traversera les époques et les frontières au travers des textes d’artistes français, belges, québécois et américains.

Boulimie

Ce clip décalé dérange autant que les paroles tombent justes. Dans cette chanson sortie en 2014 Oldelaf raconte la mise en place progressive du trouble alimentaire dans une vie un peu trop monotone et insipide. On y verra en coin une critique de notre société favorisant la solitude et le désœuvrement. Le vide affectif à combler laisse rapidement place à la nourriture pour finalement occuper un espace démesuré dans la vie du personnage. Sous ses aspects humoristiques, le clip est acide et systématique. On y assiste à une véritable descente aux enfers et l’envie de rire laisse rapidement place à l’envie de vomir. Si les personnes atteintes de boulimie ne s’y reconnaîtront pas forcément ou pourront être choquées par la caricature (on s’en excuse, ce n’est pas le but), le mécanisme de la mise en place de ce trouble est pourtant bien suggéré, autant dans les paroles que dans les images.

LARUBRIK à propos de la chanson Je mange.

Bipolarité


On pourrait interpréter cette chanson de Mathieu Chedid comme bon nous semble. Mais voila, ce sont les personnes atteintes de bipolarités elles mêmes qui se retrouvent dans ce texte magnifique et sensible au point que différentes associations de “bip” l’utilisent pour illustrer ce trouble. Effectivement, vu sous cet angle, tout laisse penser que s’en est le sujet principal. Une très jolie façon d’appréhender ce que peut vivre un(e) bipolaire. Des émotions excessivement fortes, à la phase maniaque (“ça monte en toi…”) en passant par la culpabilité après la crise, oui ça tangue dans la tête et il faut être bien amarré.

La bipolarité en tant que réelle pathologie psychiatrique, se traite essentiellement avec des thymorégulateurs, traitements qui aplanissent la courbe de l’humeur et réduisent considérablement l’écart entre la montée excessivement euphorique de la phase maniaque et le plongeon vers l’état dépressif intense menant parfois à un état stuporeux. Le thymorégulateur le plus connu et le plus utilisé est le lithium. Titre de cette magnifique et sombre chanson d’Evanescence, elle même atteinte de troubles bipolaires. Le clip qui alterne sans cesse entre ombre et lumière, entre la volonté de tenir debout et la submersion est une illustration métaphorique et crue de l’alternance des deux phases psychiquement intenses si épuisantes pour les personnes atteintes de cette maladie.

Cancer

Le sujet de cette chanson de Stromae n’aura échappé à personne. Il y personnifie le cancer pour s’adresser directement à lui. Le texte est fort. Le clip sombre et raffiné montre cette avancée implacable de la maladie, comme un monstre dévorant tout sur son passage. “Qui est le prochain?” Çà ne laisse pas indifférent.

Le groupe québécois Les trois accords est habitué aux chansons humoristiques et décalées. Mais ils ont surpris tout le monde avec ce titre sensible, empli de douceur. Cette visite chez le médecin qui tourne au séjour hospitalier nous laisse entendre que l’on a affaire ici au cancer et que le personnage essaye d’y faire face, de garder une vision positive en déformant consciemment la réalité pour en faire une force de vie face à l’amaigrissement, la tristesse, les conditions d’hospitalisation. La présence essentielle de l’entourage face à la maladie est également suggérée avec une certaine pudeur.

Pépé et sa guitare, artiste québécois qui traite de sujets de la vie quotidienne avec beaucoup d’humour nous fait part en quelques mots de son désespoir d’avoir attrapé “le cancer de la couille droite”. Petit indice : une gosse = une couille. #québécisme. En France, cela reste un cancer assez rare qui représente 1,5% des cancers chez l’homme, tout âge confondu. Si le taux de mortalité a baissé de 40% on assiste à une légère augmentation de ces tumeurs depuis les années 90. On dit merci aux insecticides, herbicides et téléphones portables dans la poche. Rappelez vous : toute tumeur testiculaire est un cancer…jusqu’à preuve du contraire. N’hésitez pas à consulter un médecin (même si on a pas envie de se faire palper les gosses)!

Le cancer de la couille droite…

Dépression

The Rolling Stones ont créé un véritable hymne à la dépression avec Paint It Black. On vous laisse écouter Larubrik pour en savoir plus.

LARUBRIK à propos de Paint it black.

Pervers narcissique

C’est un personnage totalement narcissique et séducteur qui est dépeint par les français de Shaka Ponk dans cette chanson devenue l’un de leurs tubes les plus connus. Il joue avec les femmes pour obtenir ce qu’il en veut, joue sur la distance pour les accrocher, pour les rendre addicts. Un comportement qui donne à l’autre une place d’objet, consommé et utilisé par un séducteur désaffectivé. L’imagerie pornographique utilisée dans le clip met clairement en évidence cette consommation de l’autre. Mais les shakas ne laissent pas leur personnage s’en sortir aussi facilement. “Encore un dimanche seul avec moi même…” . Les pervers narcissiques sont des gens profondément seuls ayant besoin de l’autre pour exister. Ce sera la morale de cette histoire.

Il n’y a pas de raisons que seuls les hommes puissent endosser le costume du pervers. Le groupe américain The Offspring inverse la tendance et c’est ici un homme qui est pris dans les griffes d’une manipulatrice qui le pousse à bout, le met en colère, lui fait perdre la tête et l’amène à la frontière de la folie. Il dit pourtant être parfaitement au courant qu’elle joue avec lui. Mais le problème est bien celui-ci dans une relation perverse. Les psys on tendance à dire que pour un sado il faut un maso. Ainsi, la personne objectée peut totalement se rendre compte de l’engrenage dans lequel elle est prise sans toutefois n’avoir aucune possibilité de s’en sortir. Mais The Offspring donne ici la meilleure des clés pour s’échapper d’une telle relation : “self esteem“. Oui, au contraire du personnage de cette chanson, il faut garder sa propre estime de soi, placer des limites claires à ce qui est acceptable ou non pour ne pas tomber dans une dépendance affective qui n’entraînera que douleur et dévalorisation. Bien évidemment, ceci est plus facile à dire qu’à faire et les vrais pervers narcissiques, au sens pathologique du terme, savent déceler les failles chez l’autre pour s’y immiscer et prendre le contrôle. Vider l’autre de son individualité pour se remplir soi. Un jeu de souffrances parfois très destructeur.

Situation de handicap

Eric Lapointe, chanteur/compositeur valide québécois, véritable emblème de la chanson populaire chez nos cousins francophones d’Amérique du nord, signe ici une adaptation (le morceau d’origine étant de Richard Desjardins) tendre et romantique en faisant du personnage un homme en situation de handicap et agrémente ce très beau texte d’un clip axé sur le courage, le possible, le dépassement de soi et les normes sociales affranchies.

Cette véritable “bartendresse”, cette rencontre dont tous les habitués des bars rêves en imaginant croiser le sourire d’une femme belle, accessible et qui ne juge pas, nous montre que le regard que l’on porte sur l’autre change la donne. Plus qu’un conte de fées un peu mielleux, cette chanson sortie en 2005 est aussi est miroir de la culture québécoise et de la place donnée aux personnes en situation de handicap. En effet, bien en avance sur la vieille France, les médias québécois mettent en avant des personnalités en situation de handicap depuis des décennies, que ce soit des animateurs, comédiens ou chanteurs sans que leur situation ne soit même évoquée au préalable. Notre chère discrimination positive en prend un coup dans les dents!

A noter qu’apparaissent dans ce clip réalisé par Patrick Huard (qui a joué le fameux Starbuck au ciné) des comédiens québécois de premier plan comme Luc Picard (Babine, Les mauvaises herbes…) qui interprète l’homme en fauteuil. Ainsi que Lucie Laurier (Jean Moulin, une affaire française, La grande séduction…) qui campe à merveille la plus belle fille du bar. Un signe de plus qu’au Québec, c’est toute une société qui fonctionne ensemble autour de ces problématiques. De quoi nous en inspirer largement.

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