J’ai écrit un thread Twitter sur la psychiatrie, c’était il y a quelques jours, le 22 janvier à l’occasion de la mobilisation générale des soignants pour cette spécialité, sans cesse en danger et en précarité en France. J’y ai parlé du manque de moyen bien sûr, pouvais t-il seulement en être autrement ? J’y ai parlé aussi du manque de places, des files actives qui n’en finissent plus de grossir et des weekends où les hôpitaux sont saturés, où des patients se rajoutent sur les lits de permissionnaires qui se retrouveront en attente d’une chambre à leur retour. On marche sur la tête.

Et sinon aujourd'hui en plusieurs lieux psychiatres et soignants en psychiatrie manifestent. Pour travailler à présent en secteur d'entrée, lié à territoire pauvre et précaire je peux vous dire que la situation est extrêmement difficile. 
Et c'est un euphémisme.— Julien Martinez --#NoFakemed-- (@Martinez_J_) 22 janvier 2019

J’y ai aussi parlé de la difficulté des proches à aider leur enfant, frère, sœur, père, mère malade. Il va mal, un coup de fil.

  • Il faut l’emmener aux urgences.
  • On n’a pas de place sur l’hôpital.
  • Vous êtes passé par le CMP ?

Et puis la tension monte, la souffrance psychique s’accentue. Le patient va de moins en moins bien, coupe petit à petit les fragiles ponts qui le retiennent à la réalité du monde, et c’est parfois le drame : proche frappé, hospitalisation d’urgence cette fois ça.

Il n'est pas rare de recevoir des patients en urgences parcequ'ils ont décompensés à domicile, sont rester plusieurs jours voir plusieurs dizaines de jours sans hospit jusqu'à une crise où ils finissent par frapper un.e proche.— Julien Martinez --#NoFakemed-- (@Martinez_J_) 22 janvier 2019


Je donne cet exemple en particulier. Les patients  psychiatriques ne sont pas tous violent envers les autres. Pour les besoins de Twitter je ne pouvais pas tout exprimer. Mais il est vrai que cet exemple est issu de mon expérience particulière (je suis dans un service ou l’hétéro agressivité est un signe majoritairement présent chez les patients). Mais un service ne rend pas totalement état de la situation générale.


La situation générale, c’est le nombre cataclysmique de morts par suicide des patients présentant des troubles mentaux. Dans une étude analysant la situation française de 2000 à 2013, parmi le nombre de personnes ayant des troubles mentaux décédés, 11,1% d’entre elles l’étaient par autolyse, contre 1,3% dans la population générale.

Ha C, Decool E, Chan Chee C. Mortalité des personnes souffrant de troubles mentaux. Analyse en causes multiples des certificats de décès en France, 2000-2013. Bull Epidémiol Hebd. 2017;http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2017/23/pdf/2017_23_2.pdf(23):500-8. http://invs.santepubliquefrance.fr/ beh/2017/23/2017_23_2.html

Etre malade psychique aujourd’hui, c’est avoir une espérance de vie amputée de 8 à 20 ans (!) par rapport à la population générale. (Chesney et Al, 2014).

Je n’ai pas non plus parlé des patients finalement, ni même un peu plus en leur nom. La mobilisation n’a finalement réuni qu’un nombre limité de soignant (300 sur toute la France) et un tout petit nombre de soignants.

Les patients psychotiques sont dans leurs réalité. Une réalité brisée, parfois réparable, parfois adaptée à leur vie. Mais il est finalement difficile pour eux de se réunir, de s’organiser, de se mettre en collectif. Bien sur, il y a l’UNAFAM, mais c’est une association d’aidants naturels. Non, je parle bien d’eux. Eux que je retrouve quand je vais au travail, eux qui sont hospitalisés sous contrainte, entre les quatre murs du service.

Il y aurait tant de chose à dire sur les raisons de leur silence. Dire que l’envahissement psychique est une raison unique et suffisante à ne pas prendre la parole serait un non sens doublé d’un mensonge. On pourrait par contre parler de silence sociale, d’invisibilisation, de paternalisme (para)médical, là on effleurerait peut être les causes profondes d’un problème qui envahi les CHS (Centre Hospitalier Spécialisé) et qui se métastase dans la ville. A moins que cela ne soit l’inverse.

Au final, que veulent les patients ? Des locaux décents, des soins avec des moyens humains. Même en crise, ils veulent être libre. Ils s’entendent dire “Ce n’est pas possible pour l’instant, vous êtes encore trop mal, vous risquez de vous mettre en danger”. On a raison, peut être. Ils ont raison eux aussi de vouloir cette liberté. On est surement nous dans le tort de ne pas proposer une troisième voie, ambulatoire, qui réconcilierait complètement l’hôpital avec la vie en dehors des murs. Mais pour cela, ce n’est pas la psychiatrie qu’il faudrait changer mais le regard de l’Autre et d’une société qui refuse d’entendre qu’au cours de sa vie, 1 personne sur 4 sera concernée par la maladie mentale.

Et pour finir, quelques ressources , n’hésitez pas à nous en proposer d’autres, nous sommes preneurs !

https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/230119/les-pompiers-pyromanes-de-la-psychiatrie

www.commedesfous.com

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Une pensée sur “De la difficulté de laisser parler les concerné.e.s en psychiatrie.”

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