La PrEP est arrivée en France il y a un peu plus de 2 ans et demi. Cette association de médicaments à l’usage des personnes séronégatives permet de se prémunir d’une infection par le VIH. Elle est composée du ténofovir disoproxil et l’emtricitabine, deux antirétroviraux aux noms barbares dont l’association est parfois bien connue sous le nom commercial de Truvada®. En France, ce traitement est proposé aux personnes ayant des risques d’expositions répétés au VIH.

Encore peu connue du grand public, la PrEP est pourtant une prévention que l’on peut considérer comme révolutionnaire de par son objectif. Imaginez plutôt : prendre une pilule de manière quotidienne vous permet de vous protéger du risque de devenir séropositif ! Finie la peur quand la capote craque, finies les longues interrogations sur le statut sérologique du partenaire. La PrEP est donc un outil de prévention et d’émancipation en santé sexuelle … de façon même excessive selon certains, qui le considèrent comme une incitation à prendre encore plus de risques avec du sexe sans capote, ce qui expose au risque d’avoir d’autres IST.

Alors, la PrEP est-elle le substitut au vaccin contre le SIDA que tout le monde attendait ? Ou un moyen de prévention surcoté ? Chez Kulture Care, on a mené l’enquête !

Pour faire le point sur ce type de prévention singulier, nous avons sollicité le professeur Olivier Epaulard, Infectiologue au CHU de Grenoble.

Julien Martinez : Depuis quand la PrEP est elle prescrite en France ?
Professeur Olivier Epaulard : Elle est prescrite dans l’hexagone depuis Janvier 2016; aux USA, elle était prescriptible depuis 2012.

Il y a avait déjà eu plusieurs études chez l’animal puis chez l’homme qui avaient clairement montré avant 2010 l’efficacité de la PrEP ; il y avait par ailleurs plusieurs années que la DGS discutait d’autoriser la PrEP, interpellée entre autres par des associations (comme AIDeS). Mais c’est une étude française qui a fait basculer le politique en France : l’étude Ipergay sur la PrEP en discontinue, publiée en 2015. Devant les résultats de l’étude, les infectiologues du groupe « Vaccination et prévention » de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) se sont positionné.e.s sur l’intérêt de prescrire le produit dans un communiqué . La ministre de l’époque, Marisol Touraine annoncera finalement en novembre 2015 l’autorisation de prescription la PrEP, avec une prise en charge par la Sécu à 100%.

J.M : Sait-on combien de personnes sont sous PrEP, et qui sont-elles ?
Pr O.E : Au mois de Mars 2018, ils étaient 7000 en France, très majoritairement des HSH (95%).

(Note du rédacteur : à l’heure actuelle, on peut évaluer le nombre de prepeurs à 10 000 selon l’ANSM)

J.M : Les premiers retours ?
Pr O.M : Il y a très peu de personnes qui rapportent que le traitement n’était pas ce à quoi elle s’attendaient. Le traitement n’offre pas vraiment d’occasion de surprise : simplement, quand on a un rapport à risque, le “risque VIH” disparaît. Les retours sont très majoritairement favorable : on entend “j’ai gagné en sérénité” ou “ma vie sexuelle s’est améliorée” … ce sont des points positifs – même si, pour nous prescripteurs, le principal point positif est ailleurs : c’est que les personnes qui prennent correctement le traitement ne seront pas contaminées par le VIH.
D’un autre côté, ce qui est complexe c’est qu’on donne la PrEP aux gens qui prennent déjà des risques, mais pas dans l’objectif qu’ils en prennent d’avantage !

“La PrEP ce n’est pas un médicament pour prendre plus de risque.”

Certaines personnes perçoivent dans le médicament un côté un peu incitatif, c’est vrai. Mais les gens font assez bien la part des choses, même si je sais qu’il y a des usagers qui voient en la PrEP un blanc-seing pour n’avoir que des rapports non-protégés, ce qui n’est pas le but du dispositif.

Ce que l’on peut aussi retenir, c’est qu’en parallèle de la diffusion lente de la PrEP, le sentiment négatif concernant le produit commence à baisser : l’information se diffuse, et on voit un peu moins de critiques concernant les prepeurs , qui se faisaient parfois critiquer, voir traiterde Truvada Whore .

J.M : Voit on apparaître une augmentation des autres IST ?
Pr O.E : Il y a une augmentation des IST chez les HSH : gonorrhée, Chlamydia dans sa forme rectale, syphilis … mais cette augmentation, elle existe depuis 15 ans ! La PrEP à peut-être tendance à accentuer ce phénomène, mais elle n’en n’est pas l’origine.

JM : C’est quoi le projet pour la PrEP horizon 2020-2025 ? L’impact attendu ?
Pr O.E : La PrEP peut avoir 2 effets : un effet de protection individuelle de la personne qui prend le traitement, et un effet de protection de groupe, de limitation de la circulation du virus. Le premier effet, celui de la protection individuelle, est très fort : le risque d’infection au VIH est nul si on prend correctement le traitement (les cas d’échec vrais sont rarissimes). On a aussi du recul sur les études faites à New York et à San Francisco où l’on observe clairement que les gens sous PrEP ne deviennent pas séropositifs. Le deuxième effet, celui de la protection de groupe, est plus complexe : il est observé si la proportion de prepeurs est suffisamment haute. Il y a déjà des études qui ont calculé combien il faut de personnes sous PrEP pour protéger une communauté toute entière et faire baisser l’incidence du VIH. Dans la stratégie nationale de santé sexuelle, il n’y a pas de chiffrage sur le nombre de prepeurs attendus. Aujourd’hui en France, le volume de prepeurs ne permet pas d’avoir un tel impact communautaire.

Pour avoir une idée du nombre de prepeurs à atteindre pour avoir un impact en termes d’épidémie, on peut avancer le chiffre de 40 000 personnes, qui correspond à des hypothèses de travail au Royaume-Uni ; l’objectif serait d’atteindre ce volume en 10 ans. C’est un objectif qui me semble réaliste. En France, on commence à se dire qu’il faudrait 30 000 à 40 000 personnes sous PrEP pour protéger globalement les populations concernées par le VIH. C’est l’objectif vers lequel on devrait tendre.

J.M : Bientôt, tout le monde sous PrEP ?
Pr O.E : Non, ça n’aurait pas de sens. Actuellement, les infections par le VIH surviennent surtout chez des populations particulières, telles que les personnes venant de pays à forte endémie, et les HSH. On est plus dans une prévention individualisée que dans un programme global et systématique.

J.M : Merci beaucoup pour toutes ces réponses ! Et si vous avez d’autres questions et que vous êtes curieux, vous pouvez allez ICI !

Propos recueilli par Julien Martinez pour le webzine Kulture Care
Avec l’aide plus que précieuse du Professeur Olivier Epaulard.

 

Lexique :

PrEP : Prophylaxie Pré-Exposition

Prepeur : personne utilisant la PrEP

ANSM : Agence Nationale de Santé et du Médicament

HSH : terme de santé publique pour indiquer la population d’Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes.

Truvada whore : terme péjoratif que l’on pourrait traduire par “petite trainée/salope sous Truvada”. Désignerait les personnes prenant la PrEP pour assouvir des besoins sexuelles impérieux sans préservatif notamment.

 

Soutenez nous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *