Quelques amis sur Twitter, des photos de soirées qui tournent. Sur quelques-unes d’entre elles, un homme masqué. Il porte le masque d’un chien, et quelques accessoires. Au fur et à mesure du temps, je découvre d’autres photos et au travers de lectures, j’arrive à mettre un nom sur cette pratique : Le puppy play.

Etre chien. Vivre chien. Penser chien. Comment ces personnes en arrivent-elles à choisir cette alternative, le temps d’une soirée, de quelques heures, pour s’échapper de leur quotidien, semblable à des millions d’autres quotidiens ? C’est la question que je me suis posée. Pour y répondre, j’ai eu la chance de tomber sur un puppy player incontournable du monde lyonnais, Mog.

JM : Avant de nous dire qui tu es, peux-tu expliquer ce qu’est le puppy play ?

L’idée, c’est de coller le plus possible à l’image du chien. On devient psychologiquement un chien. Les gens s’expriment différemment bien sûr, mais l’idée, c’est de faire le chien.

JM : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Mog : J’ai 29 ans et ça fait 5 ans que je me suis lancé dans le puppy play.

JM : Alors désolé, je te coupe, mais … pourquoi Mog ?

Mog : Mog, c’est mon nom de chien, mon surnom, ça permet d’adhérer mieux au personnage, et puis tous les chiens ont un nom ! Mog aussi en hommage à Final Fantasy – toute ma jeunesse – il y a des personnages appelés les mogs dans le jeu. D’ailleurs j’ai même la peluche sur certaines photos.

JM : Merci pour la précision ! Et donc pourquoi le puppy play ?

Mog : J’ai toujours été attiré par ça. Mais si j’ai commencé si “tard”, c’est à cause de mon histoire de vie : mon ancien partenaire ne partageait pas mes fantasmes, et par amour pour lui, je n’ai pas exploré ma sexualité plus que ça. Et puis est arrivée la rupture, et ce moment où l’on s’autorise à vivre ses envies. Je me suis donc lancé, et j’ai découvert la communauté du Puppy play.

JM : Il y a une communauté Puppy ?

Mog : Certains vivent ça en privé, et d’autres le vivent en réseau, il y a un côté social fort avec le puppy play. Meetings, rendez-vous, rencontres, on se rend compte qu’avec le fétichisme tout un look et un état d’esprit se mettent en place, c’est un peu comme le cosplay. Chacun a une identité visuelle. C’est pas que du sexe, c’est très subtil, c’est social, ça passe par les boites gays, ça attire l’œil ; les gens m’interpellent, je leur en parle, je leur explique et c’est bien reçu.

JM : Revenons au puppy play … je voudrais savoir s’il existe des codes vestimentaires spécifiques.

Mog : Alors il y a la tenue, mais pas que !  La tenue c’est presque secondaire. Faire le chien, c’est avant tout jouer à la baballe, reçevoir des caresses, faire le foufou, manger dans une gamelle. Les équipements, c’est secondaire ; se mettre à 4 pattes, cela ne coûte rien ! Et quand tu réfléchis à ça finalement, se mettre à 4 pattes, c’est une envie un peu répandue. Dans le puppy play, il y a un côté festif : gratouilles, câlin, panier. Le dog training, c’est un fantasme plus sexuel encore, alors que dans le puppy playing, le sexe n’est pas une obligation.

JM : Le puppy play n’est pas qu’un fantasme sexuel ?

Non non ! Le puppy sans sexe, c’est possible, c’est avoir l’attention d’un maître qui est recherché. Après, certains en font un jeu sexuel. Il existe des règles, mais il n’y a rien de fixe.

JM : tu as des rituels particuliers pour “rentrer” dans le personnage ? J’imagine que cela ne se fait pas comme ça …

Quand je me mets dans le personnage, j’ai des rituels. Je m’isole, j’enfile la tenue, et ensuite le masque. C’est ma frontière. Quand je porte mon masque, je sais que là, je suis Mog et à ce moment précis, je pense comme un chien, je mange et je joue comme eux. Je me vide complètement la tête.

JM : C’est ça en fait ce que t’apporte le puppy playing ? Un moment où tu peux ne penser à rien ? Te relaxer complètement ?

Oui c’est exactement ça. Le mieux que je puisse faire pour te l’expliquer, c’est de te parler d’un texte que j’ai écrit à un moment dans ma vie où j’avais besoin de poser les choses, car c’était le bordel dans ma tête. J’ai parlé du puppy play : “Du jour au lendemain on se rend compte qu’il suffit d’être à 4 pattes pour ne plus voir la ligne d’horizon pleines de problèmes des humains”. Au final, avec cette activité, on sort du métro boulot dodo, c’est de l’abandon de soi, on oublie les tracas quotidiens, on se vide la tête.

JM : Et du coup, pourquoi le chien ?

Mog : le chien est le meilleur ami de l’homme ! La relation est un savant mélange de soumission légère, d’ échange, de  jeu.

JM : Est-ce que le puppy doit avoir un maître ?

Mog : Non pas forcément, mais il y a des classes et des envies différentes.

  • Il y a les Bêta, ce sont des chiens complètement soumis au maître et aux autres chiens
  • Et les Alpha, ils obéissent au maître, mais dominent les autres chiens.

JM : Concernant la communauté Puppy, vous êtes combien en France ?

Mog : Dans la communauté gay, en France, il y a 100 personnes affiliées au puppy play officiellement. On organise des événements puppy et kink.

En tant que DJ je mixe avec le masque, sans faire le puppy bien entendu, mais juste pour donner une visibilité au puppy play et proposer une image positive. Les gens viennent profiter du son, mais ils sont curieux et me posent souvent des questions. J’en profite pour leur expliquer ce qu’est le puppy play et le pourquoi de ma tenue. Ça se passe toujours dans le respect, je pense que les mentalités évoluent.

JM : Tu leur dis quoi ?

Mog : J’essaye de faire passer le message suivant : on n’est pas des monstres, et derrière tout ça, les masques, les tenues…  il y a des gens sains, adaptés, et intégrés. J’ai moi-même une situation très stable, je travaille, etc.

JM : Le puppy play, c’est un kink uniquement gay ?

Mog : Non pas du tout, c’est aussi un truc d’hétéros ! Mais ils sont effectivement moins visibles, moins dans le côté “communautaire” ; en tout cas, ce n’est pas la même dynamique. Ce que je peux aussi te dire, c’est que j’ai souvent des hétéros qui viennent nous demander conseil à nous, les gays, peut-être parce qu’on est plus visibles sur le sujet, et qu’on est plus à l’aise… et décomplexés avec le sujet !

JM : Des conseils pour ceux qui veulent sauter le pas ?

Alors surtout ne pas se dire “je n’ai pas d’équipement donc tant pis !”. Ce n’est qu’un plus. Chacun son budget, chacun son rythme. Essayez de vous lâcher, de vous vider la tête, tentez de vous promener en laisse, cela ne coûte pas cher !

Mais faites-le avec quelqu’un en qui vous avez confiance, ça c’est la base !  Pas un inconnu, car ça peut être le risque de vivre une mauvaise première expérience.

Ensuite, ne pas oublier le respect ! C’est un jeu, un jeu de règles.

Et pour finir, venez poser des questions à ceux comme moi qui ont de la visibilité sur internet, on est accessibles et c’est toujours un plaisir d’aider les autres. On est faciles à trouver sur les réseaux, et on souhaite vraiment démystifier les choses.

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