@armedshutter

Une fille sous PrEP.

En France, l’écrasante majorité des personnes qui prennent la PrEP sont des hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes. Les femmes cis sont particulièrement rares. Pourtant, elles existent. J’ai eu la chance de rencontrer l’une de ces preppeuses. Elle est jeune, libertine et a eu la gentillesse de répondre à mes questions.

On espère que ce témoignage donnera peut-être l’envie à d’autres femmes de s’affranchir du risque de contracter le VIH et de vivre leur sexualité comme elles l’entendent.

JM : première question : peux-tu nous raconter qui tu es, et quel a été le cheminement qui t’as amenée à prendre la PrEP ?

J’ai 20 ans, j’ai rencontré mon compagnon il y a 4 ans. Très vite, dans notre couple, la question du libertinage est apparue. On faisait des soirées, toujours avec capotes. Mais une fois, à la fin d’un gang bang, je me suis aperçue que j’avais du sperme en moi.Je pense que ça a vraiment été pour nous un événement déclencheur : en effet mon compagnon est toujours là, il veille sur moi, donne les indications aux hommes mais on s’est rendu compte que cela ne suffisait pas.  On ne sait pas si c’est un des mecs qui a retiré sciemment la capote ou si simplement elle a craqué, mais dans tous les cas le problème était là et ça nous a bloqués par la suite ; même la fellation on appréhendait de la faire sans protection.

L’autre difficulté, c’est que tu ne peux pas demander à tous les libertins du club une sérologie, ça n’a pas de sens ! Qui plus est, même si c’était demandé, qui te dit que ce seront des vraies ? Alors on a mis en place une stratégie qui consistait à créer un groupe d’hommes que l’on connaissait pour faire du sexe. Mais c’est dur de se construire un milieu safe. En plus de ça, même si ton partenaire est respectueux, ça ne changera rien au fait que ta capote craque. Et puis le libertinage, c’est aussi pouvoir faire une rencontre en club avec un inconnu, c’est tout aussi agréable pour nous.

Un jour, sur un site libertin, un mec nous a contactés. Il était infirmier, et faisait partie de l’association AIDES. Il nous a parlé de la PrEP et du TROD. Grâce à lui, on a été mis en contact avec AIDES. A l’asso, on m’a accompagnée en me présentant le principe de la PrEP, en me proposant de me mettre en contact avec un médecin prescripteur. Ça s’est fait assez vite. La démarche était simple, je voyais le médecin, et juste à côté, l’infirmière te faisait tes prélèvements et tes dépistages.

Concernant la consultation en elle-même, je n’ai rien de particulier à te dire, le médecin n’a pas considéré que mon âge était un problème, on a simplement conclu que dans la situation où j’étais, j’avais besoin de ce médicament.

JM : Qu’est-ce que cela change, depuis, pour toi ?

J’ai toujours des relations avec préservatifs quand j’ai des relations vaginales ou anales. Pour les fellations, je continue sans capote, c’est plus agréable, aussi bien pour moi que pour mes partenaires, et puis la PrEP me le permet.

Au final, ça nous a permis de lâcher prise. On organise plus de trucs maintenant, tant qu’on s’entend bien avec le mec. Je ne me censure pas.

JM : Ton compagnon, il est preppeur ?

Non. Mon compagnon est la seule personne avec qui j’ai des rapports non protégés. Comme j’ai une surveillance sérologique à faire tout les 3 mois, je sais où j’en suis, et c’est aussi une manière de le protéger. Lui aussi de son côté met le préservatif dès que l’on sort du cadre du couple.

JM : Tu parles de la PrEP autour de toi ?

Oui, j’essaye de faire de la prévention. J’en parle beaucoup aux autres femmes ayant des pratiques similaires aux miennes, j’en parle aussi à ma petite soeur même si elle n’est pas dans le milieu car j’estime que je suis dans mon rôle de grande soeur. Le but étant qu’elle sache que si elle souhaite vivre des expériences, elle peut le faire de manière safe. Sinon, je n’en parle pas à ma famille. Quant à mon compagnon, il aime bien créer des scénarios, organiser les soirées. Comme il échange avec les hommes à l’avance, il en parle à ce moment-là.

JM : Chez les preppeurs, beaucoup se plaignent d’être mal vus quand ils parlent de la PrEP, est-ce que toi tu le vis aussi ?

Je n’ai jamais eu de critique en ce sens. Dans le milieu du libertinage les gens ne me jugent pas, au contraire ils trouvent ça bien, que je me protège. Même sur les forums d’échanges entre preppeurs, je ne me suis pas sentie mise à l’écart du groupe.

JM : Concernant la prise du traitement, tu t’organises comment ?

Je prends le comprimé tous les soirs, durant le repas. Si je l’oublie, je le prends en même temps que ma pilule, le soir. Je prends le traitement en continu (Il existe plusieurs forme de prise du traitement : en continu, ou à la demande, ndr). Je préfère, car parfois mon homme me fait des surprises ; on peut aller au club sur un coup de tête, c’est plus souple ainsi !

JM : Concernant les effets secondaires du traitement, en as-tu ressenti ?

A priori je n’en n’ai pas eu. Après, entre la pilule, la PrEP et  les autres médicaments que je prends de façon passagère, je ne sais pas identifier l’origine exacte des effets secondaires. Mais dans tous les cas, je n’ai pas eu particulièrement de soucis depuis que je suis sous PrEP.

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Une pensée sur “Une fille sous PrEP”

  1. Merci pour ce témoignage qui montre que la prep s’adresse aussi aux femmes
    Mais attention, cette jeune femme dit avoir choisi de prendre en continu, mais pour les femmes, ce n’est pas un choix. La prise à la demande n’est pas du tout recommandée pour les femmes, bien au contraire.

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