Le skate, comme toute autre activité alternative, doit parfois composer avec des défauts tels que la délinquance, la drogue et plus largement l’illégalité. Certains riders dépassent les limites pour nous offrir un nouvel état de l’art, mais par là même se perdent, traversant des frontières psychiques et physiques qu’ils ne se sont d’ailleurs jamais fixées.

Ali Boulala fait partie de ces mecs qui la moitié du temps sont talentueux, et l’autre moitié alcoolisés. Sa vie basculera en 2007, quand un accident de moto le mettra dans le coma et lui fera perdre son meilleur ami, le skateboarder Shane Cross, à seulement 20 ans. En même temps, sans casque et avec une alcoolémie au plafond, difficile de se donner une chance de vivre. Ali fera deux ans de tôle en Australie, et ses sponsors le lâcheront un par un, excepté Flip, qui le soutiendra dans cette épreuve.

Dans un autre registre, la tragique destinée de Paul Alexander cristallise bien les peurs autour de la consommation de toxiques dans le milieu. Qui n’a jamais entendu parler de cette histoire d’un type qui aurait trop fumé, ou pris un seul champi pour délirer, mais qui ne serait jamais redescendu. Quand on se raconte ces histoires pour se faire peur, on sort maintenant Paul Alexander comme preuve de ce que l’on avance. Ce jeune skater anglais de 20 ans à l’époque des faits, talentueux et sponsorisé, a finalement décompensé une pathologie psychique sur fond de déménagement, de changement de rythme de vie et surtout d’une consommation de weed complètement déraisonnable, comme finalement tant d’autres jeunes de son âge.

Et puis on a les légendes qui partent trop tôt, comme Jay Adams qui en 2014 meurt au Mexique d’une crise cardiaque. Ancien des Z-Boys, le skate actuel lui doit beaucoup de choses. Le mec était aussi à l’aise dans un bowl que dans une prison U.S, où il avait purgé plusieurs peines pour détention de drogue.

Skater, c’est rouler, glisser, s’éclater un membre ou la face contre le sol, remonter sur la planche, et recommencer à s’étaler comme une merde. Beaucoup de souffrance pour peu de satisfaction, c’est aussi comme ça que l’addiction fonctionne finalement, pourrait-on se dire.

Si vous êtes de cette école, je ne peux que vous inviter à voir le documentaire de Philippe Petit, sorti en 2017, Danger Dave, qui suit le parcours de David Martelleur, un skateur en fin de carrière.

Et puis on peut aussi se dire que dans la vie rien n’est dû, que le skate nous apprend à remonter sur une planche même quand on a mal, même quand c’est difficile, et même quand le résultat est plus qu’incertain. Skater, c’est sortir sans cesse de sa zone de confort si l’on veut un tant soit peu progresser. Skater, c’est la vie, sur 4 roues, 2 trucks, une planche.

Certains l’ont bien compris et s’en inspirent tous les jours dans leur combat contre les addictions. C’est le cas de Kevin Spanky Long et de Bam Margera. Le premier sombrera dans l’alcool au début des années 2010 suite à des évènements de vie personnels (notamment le décès de sa mère). Lâché par les marques mais soutenu par ses amis, il réussira à remonter sur une planche en 2014 et retrouvera un sponsoring chez Baker.

Quant à Bam Margera, l’un des mecs de Jackass faut-il encore le rappeler, sa vie déstructurée ne l’a pas aidé à tenir le choc lors la mort de son meilleur ami, Ryan Dunn, dans un accident de voiture en 2011. Luttant contre une addiction à l’alcool et un trouble du comportement alimentaire, il se livre, lors d’une interview à VICE en 2017, avec une humilité et une sincérité désarmantes sur sa maladie.

Mais s’il y a bien un skater qui à mon sens surpasse tous les autres en termes de résilience, c’est bien Thalente Biyela. Ce sud-africain de 25 ans, talentueux skater, a vécu dans une famille où la violence était quotidienne, le beau père étant habitué à cogner sur les gosses.La drogue tournait à la maison de manière permanente, le couple en vendant pour survivre, et ce devant les enfants bien entendu. A 9 ans, c’en est trop, le kid décide de se barrer de chez lui. Vivant dans la rue, se faisant asperger de temps à autre par les lacrymos de la police et se droguant, Thalente réussit malgré tout à garder la rigueur nécessaire à la pratique du skateboard. Lorsqu’il a 12 ans, sa mère meurt du SIDA. Mais Thalente ne se retrouve pas seul et grâce au soutien de proches, d’amis et d’adultes qui le prennent sous leur aile, il réussit à grandir sans trop d’accrocs. Quand Tony Hawk himself découvre son style, Il souhaite lui envoyer du matériel mais impossible : le jeune prodige n’a pas d’adresse.

Un film et un voyage à L.A plus tard, Thalente continue d’inspirer les autres en skatant en Afrique du Sud et en étant sponsorisé.

Réduire le skate à une culture de la défonce et des délires adolescents serait oublier la puissante capacité de cette discipline à apprendre la résilience, la patience et l’effort. La propension de certain de ces membres à consommer des toxiques pourrait peut être trouver une explication dans la recherche pour ces derniers de sensations, aussi bien dans la prise de substance psychoactive que celle du ride.

Ainsi, comme le disait le philosophe,

“ Avant de juger les tricks de quelqu’un, prend sa planche et ride avec quelques heures”.

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