Une maman solo nous a envoyé une lettre ouverte en nous expliquant ses difficultés au quotidien. Un papa dysfonctionnant, un fils qui essaye de grandir sainement et elle, qui doit mener de front tous ses combats. A cela s’ajoute la maladresse de certains enseignants. La plupart font un travail extraordinaire. Mais quelques commentaires ouvrent des blessures pour une longue durée. Nous vous livrons ici son témoignage authentique et touchant.

Je vous envois cette lettre en cette fin d’année car nous venons de recevoir le bulletin semestriel, vous savez celui qui vient clôturer l’année et nous permet de nous projeter pour la rentrée d’après.

En lisant ce bulletin accompagné de mon enfant, car oui, je mets un point d’honneur à cette lecture en binôme, pour lui assurer une bonne interprétation de ces lignes et de toutes ces couleurs. Et ,sois dis en passant, c’est aussi le premier concerné par cette page d’écriture.
Eh bien, figurez vous, durant notre lecture, nous avons, oui « nous », reçu un second coup de marteau sur la tête.


Un second coup, car le premier n’est pas de votre fait. Cela fait 13 ans que celui-ci martel notre vie, nous donne la couleur du ciel dans notre être, notre âme. Parfois la météo est plutôt clémente et la mer est clame, mais parfois, le vent se lève et annonce la tempête, mais sans prévisions d’aucunes sortes, qui puissent nous prévenir. C’est l’incertitude ! Eh ! oui, hélas, c’est comme ça que l’on grandit au côté d’un papa qui a « la maladie alcoolique ». Mais cela je vous l’avais expliqué, quand je suis venue vous rencontrer pour vous livrer une part sombre et difficile de notre intimité. J’ai alors estimé que de grands pédagogues comme vous auraient
un regard compréhensif et bienveillant sur les difficultés scolaires de mon fils. Que vous alliez pouvoir faire le liant entre ce qui encombre sa tête et son manque de concentration, son agitation. Je pensais que vous les adultes, forts, ceux qui transmettent le savoir, ne baisserez pas les bras devant ce jeune adolescent qui avec effort essaye, mais parfois ne le peut pas, eh
oui, tellement soumis au grès de sa météo intérieure.
Mais eu lieu de cela, on a reçu et engloutit difficilement, des adjectifs et des phrases comme : « passif », « baisse les bras », « ne fait aucuns effort ». Pire encore : “ne se sent pas concerné », « se cache derrière ses difficultés ».

Alors vous comprenez, nous, en lisant ce bulletin, on s’attendait que vous puissiez être là, comme un roc, à encourager, à entrevoir les efforts
réalisés, à pouvoir nommer que rien n’est perdu mais que tout est possible, qu’il faut s’accrocher, continuer à y croire, à persévérer… Bref on s’attendait à des messages forts de positivité, pour un futur, chez un jeune adolescent parfois submergé par ses angoisses.


Alors on a reçu en pleine figure, vos peurs, vos déceptions, vos doutes, et par conséquent mon fils a relevé la tête (oui car il l’a relève toujours, ça c’est une grande force qu’il possède !) en me disant « mais en fait ils disent que c’est la catastrophe ! » En tant que mère de cet enfant,
je m’arme de raison et j’essaye de lire entre les lignes, et de ne pas céder à la colère qui se déclenche en moi, et vous porter préjudice, je lui réponds : Non ! Non ! mon chéri, je crois que ces enseignants là (oui car il ne faut pas faire un cas, une généralité) ne savent pas lire entre les lignes et du coup ne peuvent entendre la langue de l’inconscient. Tu sais, celle qui résonne parfois au plus profond de ton être et fait du bruit dans ta tête. Eh bien ! Ces sons là ils ne les entendent pas. Alors du coup, ils n’ont pas compris que toi pour faire taire ces bruits tu dois placer un couvercle dessus, ça évite d’avoir l’esprit trop préoccupé, mais par contre c’est ton corps qui réagit… il bouge, gesticule, se balance sur la chaise, n’est pas assez attentif, emporte ton esprit ailleurs, et alors, te voilà comme amputer de certains composants nécessaires pour disposer pleinement de ta pensée et apprendre.


Eh oui ! C’est vrai on ne traverse pas la grille du collège en posant son sac à dos « soucis à la maison » à l’entrée, et en échange on prend celui « dispo pour apprendre sans interférences ». Non ! Là, franchement je suis certaine que vous aussi vous avez pu expérimenter ce que je raconte. Un jour où vos préoccupations sont trop fortes pour pouvoir les laisser derrière vous, eh bien, elles vous accompagnent, jusqu’en classe, devant vos élèves. Mais hélas personne ne
peut vous interpeller ce jour là en vous disant : Monsieur ou Madame, vous êtes passif aujourd’hui et peu concerné, nous sommes venus pour apprendre alors faites ce pourquoi vous êtes là, vous ne faites aucun effort ce matin, vous baissez les bras, alors arrêtez de vous cacher derrière vos difficultés et apprenez nous ! Hélas non personne ne peut vous le
dire (et entre nous tant mieux, c’est une bien mauvaise expérience) car les élèves ne sont pas en posture d’évaluateur de votre manière de transmettre votre savoir, ils ne peuvent évaluer votre travail.


Sachez que moi lorsque je lis vos phrases sur le bulletin je lis ceci (si ça peut vous aider !)

« Passif » : je dirai même « impuissant », impuissant devant la maladie de son père qu’il subit depuis 13 ans et sur laquelle il n’a aucune prise.

« Baisse les bras » : oh ! Que vous avez raison, je crois que parfois il y a de quoi non ? On espère une accalmie, une guérison mais non tout replonge. Et c’est un éternel recommencement depuis des années.

« Ne se sent pas concerné » : c’est là que tout est inversé, il est « trop concerné » par ce qui se passe et voudrait nous faire croire le contraire. Et comme le « trop » n’est pas maîtrisable, il coupe, vous savez il éteint le bouton des bruits désagréables, mais du coup il coupe aussi avec le reste de la vie quotidienne et l’école en fait grandement partie.

« Se cache derrière ses difficultés » : oui car las de devoir les affronter, elles ne sont pas resolvables pour le moment.


Alors permettez moi de vous souhaiter un bel été, oui, car ce bulletin n’est qu’un bulletin d’un élève de votre échantillonnage. Pour vous il n’a sûrement aucune incidence. Alors que pour nous, l’été s’annonçait déjà compliqué, j ai bien peur que mon fils n’appréhende sa rentrée, et nous sommes que début juillet. Cette musique là on l’a connait, elle se répète
d’année en année des petites classes, où déjà il ne faisait pas comme il faut ce qu’on lui demandait, et jusqu’au collège. Enfin, pour être plus juste, il y a eu des phases d’accalmies, lorsque mon fils rencontrait un personnage très singulier, qui savait décoder les ultra son. Et là, oh quel bonheur, réussite et envie de travailler pour quasi toute une année.

Alors j’espère que mon garçon ne retiendra que ceux là, pour lui donner courage et redorer son image blessée, amputée d’un père rongé par la souffrance et la maladie. J’espère aussi qu’il ne sera pas trop fâché avec l’école et les leçons. Je vous souhaite de pouvoir trouver « l’élève idéal et formaté » que vous désirez, mais attendant moi je continue de penser que la richesse se trouve en chacun de nous et ce quelque soit les difficultés.

Bien à vous
Une mère de Famille

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