Tout commence par une histoire d’amour, belle et véritable. Et ça c’est important de le rappeler. Puis la naissance du premier enfant. La vie chamboulée. Sans se douter à quel point. Le diagnostic tombe comme une enclume : l’autisme. Le couple est mis à l’épreuve et rapidement se sépare. Là commence réellement le récit de l’auteur québécois, Yvon Roy.

Chemins de traverse

Cette BD poignante, publiée en 2017 chez Rue de Sèvres est un témoignage puissant et controversé. L’auteur y raconte sa relation avec son fils, la découverte l’un de l’autre, les épreuves, les découragements, les remises en question et enfin ces fameuses petites victoires. Celles qui ont toute leur importance et qui feront de cet enfant un petit garçon qui a fait des progrès incroyables et qui est capable de s’adapter à un monde pouvant lui sembler énigmatique ou effrayant.

Yvon Roy prend les chemins de traverse, essaye, fait des expériences en suivant son intuition. Les professionnels du centre éducatif qui entourent Yvon et son fils ont bien entendu leur place dans le récit. Qu’aurait vraiment pu réaliser l’auteur s’il avait été seul face à cette tâche ? Mais il ne s’en cache pas, il a une préférence pour ses propres méthodes, parfois à la limite du déni du handicap de son fils, en ne suivant pas les codes éducatifs, les façons de faire institutionnelles. Et pourtant, il fait apparaître au détour de quelques cases les félicitations de professionnels, comme pour se déculpabiliser et valider ce qu’il a essayé de mettre en place.

Yvon se passionne pour son fils. Peut-être même comme on peut le faire pour un cas d’étude. Avec recul et distance. Mais ne nous y trompons pas, c’est parce qu’il l’aime et qu’il occupe cette place qu’il peut apporter la réassurance nécessaire à son fils, qu’il l’aide à se départir de peurs irrationnelles. Il va d’ailleurs le confronter à ces peurs, volontairement, parfois brutalement, pour finalement en faire un jeu et banaliser l’objet ou les changements, si effrayants.

Des réactions fortes

Alors que la BD est en cours d’adaptation au cinéma, l’appel au boycott du film est déjà lancé sur les réseaux. Certains voient dans ce récit l’apologie de la maltraitance par un père abusif et d’avoir, bien loin d’une quelconque aide, préparé son fils à devenir une victime d’abus sexuels. Ce sont d’autres témoignages qui émergent de lecteurs choqués, se disant même parfois haineux à l’encontre du québécois, se rappelant la difficulté à être acceptés par leur entourage ou racontant les abus qu’ils ont pu subir par leurs parents.

D’autres encore, pointent du doigt un discours « validiste », ne prenant pas en compte les caractéristiques d’un enfant autiste en voulant le faire entrer dans la norme, peu importe la méthode.

Peut-être est-il également envisageable de voir dans cette BD le refus de la fatalité face à un diagnostic posé comme on enfile de force un scaphandre étroit et sans souplesse. C’est d’une certaine manière en refusant tout cela qu’Yvon Roy dépasse les normes, celles du monde médico-éducatif et invente des outils sur mesures pour son fils afin d’écrire, ensemble, un grand mode d’emploi pour affronter le monde.

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